Des origines de de la Croix de Lorraine au Mémorial de Colombey

L'origine de la Croix est établie comme suit. Vers 327 ou 328, des fouilles au
Golgotha amenèrent la découverte de trois croix. Celle de Jésus, se distinguant
des deux autres par l'inscription de Pilate, fut divisée en deux parties.
L'une de ces parties resta à Jérusalem, l'autre revint à l'empereur Constantin
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er à Constantinople. Toutes deux furent fragmentées. Les morceaux
refluèrent vers l'Europe au fur et à mesure des poussées musulmanes et furent
vendus, donnés ou volés. La croix à double traverse de Jean d'Alluye aurait
appartenu à l'empereur Manuel Comnème, puis au patriarche Gervais qui l'aurait
confiée à l'évêque Thomas.
Et Thomas touché « par la douceur et la piété manifeste » de Jean II lui
aurait fait don de son précieux trésor. A notre avis, il dut y avoir d'autres
raisons, que nous ne connaissons pas, pour justifier ce cadeau royal.
Revenu en Anjou que va faire Alluye de sa précieuse croix ? La confier au
prieuré de Chasteaux ? Où à celui de Saint-Christophe ? Où à l'abbaye de la
Clarté-Dieu installée sur ses terres en 1239 ? Non. Jean II va vendre sa
relique aux cisterciens de l'abbaye de la Boissière (commune de
Dénézé-sous-le-Lude) pour 550 livres tournois.
. En 1266, la livre tournois était représentée par 20 gros de
4,20 g d'argent pur. Robert, l'abbé de la Boissière, remit donc à l'ancien
croisé l'équivalent de (4,20 x 20 x 550) 46,200 kg d'argent pur ! Mais l'abbaye
fondée en 1131 était prospère et pouvait se permettre cette folie. Et par la
suite, les aumônes des fidèles venant adorer la croix assurèrent aux moines
de gros revenus.
Les historiens ont stigmatisé la conduite de Jean II : « Le seigneur d'Alluye
se fut grandi à nos yeux s'il n'eut pas monnayé ainsi son trésor ». Je ne suis
pas de leur avis. Les expéditions en Terre sainte avec une nombreuse escorte
ruinaient les seigneurs. Pour partir, Jean II avait emprunté 150 livres
tournois remboursables dans les 10 ans. A son retour, il vendit plusieurs
droits pour renflouer sa trésorerie. C'est donc par nécessité qu'il vendit la
croix. Avec une compensation : la proximité de la Boissière où il pouvait se
rendre facilement pour aller prier. D'ailleurs, aux moines, il octroya une
rente pour l'entretien d'un luminaire devant la relique et, plus tard, un
legs de 300 livres qui leur fut payé par ses héritiers, longtemps après sa
mort en 1267.
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